| article «Israël s'est accaparé le génocide» PROPOS RECUEILLIS PAR PIERRETTE
ISELIN* | |
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Le conflit israélo-palestinien n'en finit pas d'enflammer les
esprits en France. Fils de juif déporté français et partie civile au procès
Klaus Barbie, Georges Gumpel dénie aux défenseurs inconditionnels du
Gouvernement israélien le droit de parler en son nom. Membre de l'Union juive
française pour la paix, il était de passage à Lausanne, le 15 mars dernier, à
l'invitation du collectif Urgence Palestine Vaud. Le Courrier: Quels sont les buts de l'Union juive française pour la paix (UJFP)? George Gumpel: L'UJFP existe en France depuis plusieurs années, elle est devenue une association nationale à la suite d'un congrès en octobre dernier. Nous affirmons qu'il y a un occupant et un occupé. Nous exigeons le retrait inconditionnel des troupes israéliennes du territoire palestinien et le démantèlement des colonies qui sont toutes illégales, nous demandons la constitution d'un Etat palestinien libre et indépendant, doté de frontières sûres et avec Jérusalem-Est comme capitale. De plus, nous soutenons les mouvements progressistes israéliens qui s'opposent à la politique d'occupation de leur gouvernement et qui luttent pour les droits des Palestiniens. L'UFJP a comme rôle de dénoncer en France les gens qui parlent en votre nom. G G : En effet, on n'entend jamais les voix des Juifs progressistes. C'est bien le fond du problème. Notre présence, notre militance à tous est là pour faire entendre cette autre voix qui n'est pas marginale. La politique du Gouvernement israélien consiste à faire taire toute critique avec une violence inouïe. Nous sommes face à un Etat qui non seulement est agresseur, mais qui mène une politique organisée de tromperie et de pression sur l'opinion internationale afin de masquer son crime. Cette politique, relayée en France par le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), doit être combattue. Il est hors de question que les gens du CRIF soient les seuls qui parlent sans réponse. Ils ne nous représentent pas. Comment pouvez-vous mener ce combat idéologique face auxaccusations d'antisémitisme adressées à tous ceux qui dénoncent la politique criminelle du Gouvernement israélien? G G : Toute la campagne sur l'antisémitisme est orchestrée par le cabinet Sharon dont l'objectif est clair: il s'agit d'une campagne à destination de l'Europe occidentale, parce qu'elle a participé au génocide des Juifs et qu'effectivement les Gouvernement européens étaient antisémites. Les dirigeants d'Israël se présentent comme les rempart des Juifs d'Europe et comme les seuls défenseurs du souvenir du génocide. L'Etat hébreu s'est accaparé le génocide pour en faire un outil de propagande et de pression internationale. Or, la mort de nos parents nous appartient, nous en sommes les héritiers et nous ne donnons pas quittance au Gouvernement israélien pour parler à notre place. La résistance des opposants à laguerre n'est-elle pas peu de chose face à la chape de plomb qui pèse sur la société israélienne? G G :Je ne pense pas qu'il y ait une impasse. Il existe plusieurs mouvements d'opposition dont un mouvement de parents pour les jeunes militaires emprisonnés. Les jeunes qui sont en prison aujourd'hui sont de plus en plus nombreux, parce que ce sont des jeunes qui ont signé un appel refusant de servir dans les territoires occupés quand ils étaient au lycée. Il faut bien comprendre qu'en Israël, l'armée est omniprésente dans toutes les structures de la société. Ces jeunes ne sont pas objecteurs de conscience, ils disent : «nous refusons l'agression». Ils ont 18 ans et ils n'ont pas peur. Le mouvement n'est pas à bout de souffle, il a au contraire un impact réel sur la société israélienne. L'automne dernier, des pilotes ont refusé de lâcher des bombes sur des cibles dans les territoires occupés. L'aviation est la fine fleur de l'armée israélienne. Il nous faut absolument soutenir ces gens qui disent «non». Que pensez vous des propositions de l'accord de Genève? G G : Je ne parle ici qu'en mon propre nom. Ces accords ont le mérite d'exister mais ils sont incomplets. Ils ne traitent pas du problème des réfugiés ni du retrait immédiat des troupes israéliennes, ce qui perpétue le cancer de l'occupation et crée toujours plus de zones de tensions. Vous tenez par contre beaucoup à l'application des Conventions de Genève et des résolutions de l'ONU? G G : Les Conventions de Genève ont été mises en place après la guerre après le crime nazi. Le Gouvernement israélien y a évidemment adhéré, mais il les nie dans sa pratique quotidienne. Les crimes du gouvernement Sharon sont des crimes de guerre selon ces fameuses Conventions. Lorsqu'en Israël on évoque la possibilité d'un transfert de la population palestinienne, c'est bien par rapport au crime nazi en Europe. Et si aujourd'hui on condamne, par exemple, l'enfer des couvre-feux imposés à la population palestinienne, c'est bien en souvenir des couvre-feux allemands imposés pendant la guerre aux populations juives et dans les ghettos. Je n'ai pas peur de mettre en adéquation ces deux événements, cela me semble évident. En quoi le conflit israélo-palestinien joue-t-il un rôle déterminant au niveau international? G G : Si nous laissons le Gouvernement israélien bafouer impunément les résolutions de l'ONU, il en va de l'avenir de la démocratie. La protection de la démocratie, quelles qu'en soient les nuances, passe par la dénonciation des Etats qui remettent en cause tout le socle des textes internationaux. L'image véhiculée par les défenseurs du Gouvernement israélien en Europe favorise le repli communautaire, le racisme et la xénophobie. Seule la fin de l'occupation de la Palestine permettra de résoudre les problèmes identitaires qui se développent en Europe. Note : * Membre du Comité Urgence Palestine Vaud. Ce texte est un extrait de l'interview de Georges Gumpel qui paraîtra fin avril dans Entre les lignes (renseignements: lecteur@cupvd.ch). Au sommaire de cette revue spécialisée sur la question palestinienne, on trouvera aussi un interview de Guy Elaham, objecteur de conscience israélien. | |